#MeToo inonde la Coree HIT: 2,097
작성자 : 관리자 
2018.04.07 (14:32)



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Il est des vagues que l’on aimerait voir déferler. La vague culturelle coréenne par exemple, dont nous analysons constamment les flux et reflux depuis plusieurs années, et qui offrirait des perspectives culturelles nouvelles, voire, dans sa version 2.0, une alternative supplémentaire à l’impérialisme culturel américain.


Dans l’horizon coréen, il y a de l’espoir, et il y aussi beaucoup de noirceur. Les amoureux de la culture coréenne le savent. Ils prennent ce pays toute entier, avec son charme et ses imperfections, avec son futurisme acharné, son traditionalisme omniprésent et, au milieu de tout ce tourbillon, ses humains, qui chantent, jouent, créent, vivent. Nous admirons la résilience, la culture de l’effort, l’envie d’y arriver de ce pays, et il nous exaspère, parfois, car nous le regardons avec nos lunettes d’occidentaux lentement libéralisés socialement et dans les moeurs depuis des siècles.


Qui suit raisonnablement le monde de l’entertainment coréen sait qu’il s’agit d’un univers extrême. Par “extrême”, j’entends plus encore que l’industrie du divertissement telle que nous la connaissons, car bien plus profondément structuré par la hiérarchie et le patriarcat. Les jeunes femmes en sont, plus qu’aux États-Unis, plus que chez nous, les maillons faibles.


Et puis…#MeToo est arrivé. Non bien évidemment, cela ne s’est pas passé ainsi.


En 2009, l’actrice Jang Ja-yeon se pend chez elle et laisse une lettre d’adieu où elle détaille l’ensemble des violences physiques et sexuelles auxquelles elle a été soumise durant sa carrière, laissant entrevoir un système glaçant de quasi prostitution forcée. Pratiquement personne ne sera condamné, hormis son manager, à une peine symbolique.


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En 2013 sort le film Norigae, largement inspiré des faits.


Neuf ans presque jour pour jour après le décès de Jang Ja-yeon, c’est au tour de Jo Min-ki, acteur chevronné et professeur de théâtre, de se donner la mort, n’étant pas en mesure de faire face aux dizaines d’accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles de jeunes femmes, pour une bonne part ses anciennes étudiantes. Au milieu des horreurs qui se dévoilent devant nos yeux à vitesse grand V selon un processus auquel nous sommes habitué(e)s, voire désensibilisé(e)s depuis octobre et l’affaire Weinstein, on découvre que les abus commis par Jo Min-ki étaient tellement connus que les étudiants mâles faisaient circuler entre eux un manuel de protection pour essayer au maximum de neutraliser leur professeur. Il y a toujours un petit peu d’espoir dans la noirceur la plus profonde. Quoique. En venir à organiser la protection de jeunes filles vulnérables, parce que nulle autorité n’est en mesure de le faire, c’est en fait assez désespérant.


Derrière le suicide de Jo Min-ki, c’est tout un pan du monde culturel coréen qui est en train d’imploser depuis le début de l’année 2018. Jo Jae-hyun, Oh Dal-su, Kim Ki-duk, Lee Yoon-taek… on ne compte (déjà) plus. Tous les domaines sont affectés. Toutes les nuances de misogynie, de violence, de menaces sont sur la place publique d’un coup. Le corps professoral universitaire compte plusieurs professeurs-acteurs sous le coup de graves accusations ignorées ou couvertes, les productions de dramas d’époque, les sageuk, sont à l’arrêt en raison de la pénurie d’acteurs vétérans impactés par le scandale. Les suspicions et


les dénis fusent sur les internets, alors qu’il y a encore un an, Onew du groupe Shinee connaissait une très large dépréciation de son image pour avoir touché d’un peu trop près la jambe d’une jambe femme dans les vapeurs de l’alcool. Un comportement que je n’excuse bien sûr pas, mais qui a le mérite de mettre en perspective le caractère prude d’une société qui doit maintenant gérer des accusations d’une toute autre ampleur impliquant des figures publiques extrêmement connues. Car le mouvement dépasse à présent l’entertainment.


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Le 6 mars dernier, Ahn Hee-jung, gouverneur de la province de Chungcheong du sud, et étoile montante du parti minju de Moon Jae-in, démissionne de son poste et se retire de la vie politique suites aux déclarations de sa secrétaire, Kim Ji-eun, qui l’accuse de quatre viols, dont un daté du 25 février. Loin de tergiverser, celui-ci a implicitement reconnu les faits dans un message d’excuses, pensant sans doute éviter des poursuites judiciaires conséquemment à l’anéantissement de sa carrière. Une enquête est en cours. Les faits seront difficiles à établir car là encore, la notion de consentement est extrêmement difficile à concevoir pour de jeunes actives dans le pays de l’OCDE détenant le triste record du plus petit pourcentage de femmes sur le marché du travail. Le soutien à l’égard des victimes, tant en termes d’écoute, de santé, que sur le plan judiciaire reste très précaire en Corée du Sud. Le combat, comme la libération de la parole, viennent à peine de débuter. C’est au-delà du spectaculaire que va se faire, vraiment, l’histoire.


Depuis 2010, je regarde beaucoup de dramas coréens. Il y a un passage obligé, quasiment un morceau de bravoure qui m’a toujours déplu : celui du baiser entre le héros et l’héroïne. Celui où le héros coince l’héroïne contre un mur, de sorte qu’elle ne puisse plus bouger, et où, tremblante comme une biche, elle reçoit une paire de lèvres sur les siennes, et finit par -éventuellement- rendre la pareille. Timidement. Je préfère pour ma part les baisers où les lèvres de la femme bougent. Mieux encore, ceux où elle prend l’initiative, comme Kim Sun-a avec Hyun Bin dans le cultissime  My Lovely Sam Soon .


Quant au héros qui balance l’héroïne sur une épaule pour la porter façon homme des cavernes alors qu’elle se débat, c’est aussi une autre posture de drama très classique que l’on nous fait passer pour romantique et virile. Il va falloir choisir entre cet homme coréen-là et celui qui traverse la moitié de Séoul avec son aimée sur le dos parce qu’elle a trop bu (les taxis existent, mais les dramas semblent parfois l’oublier) ou qui porte le sac de sa chérie lors de leurs rendez-vous amoureux. Peut-être une représentation plus réaliste, mais respectueuse, est ce dont nous avons besoin dans chaque culture pour ne pas reproduire des images mentales sexistes où le consentement de la femme n’est pas une donnée du problème.


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Pour finir, le mouvement #MeToo en Corée me remplit quand même d’espoirs. Parmi ces espoirs figure celui que, à l’instar de la réouverture du procès d’enseignants et de dirigeants de l’école pour enfants sourds d’Inhwa pour viols et violence après le succès du film “Silenced”, sorti en 2011 avec Gong Yoo, justice puisse être enfin rendue pour Jang Ja-yeon.








CLAIRE SOLERY, PARISJISUNG


claire.solery@gmail.com
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